
L’heure était grave pour les Trespassés au sein de leur Sphère nécrotique. Les forces de la Grand-Vie gagnaient du terrain cycle après cycle, à mesure que les Vifs amélioraient leur science médicale de façon inexorable.
Jadis, les rangs des Trespassés augmentaient chaque cycle un peu plus – formant un sombre royaume peuplé de sujets estompés aux chairs pourrissantes. Mais désormais, la Vastemort voyait son influence cosmique s’étioler – potion de guérison après opération chirurgicale, vaccin après antibiotique. Les Vifs ne voulaient point décéder – ils avaient le désir d’exister bien ancré dans leurs os. Qui pouvaient les en blâmer ? Devenir un Trespassé n’avait rien de plaisant : le corps se décomposait éternellement et l’esprit restait captif d’une stase d’antévolution. La Sphère nécrotique était un royaume qui ne changeait que fort lentement – à peine dépassait-il le stade du moyen-âge tandis que les Vifs tutoyaient déjà les étoiles.
Mais qu’allaient-ils y découvrir ? L’harmonie entre la Grand-Vie et la Vastemort était brisé depuis des cycles – et désormais, la vie proliférait comme un cancer dans le cosmos. La mort ne l’équilibrait plus – les Trespassés ne formant plus guère qu’une poignée face aux cohortes innombrables des Vifs qui colonisaient un univers affamé.
Les Squeclercs se lamentaient alors qu’ils délivraient leur sermon face au roi-défunt. Car quand leur royaume aura disparu, celui des Vifs tombera à son tour face à l’appétit tout-puissant de la Grand-Vie. Elle n’est pas bénéfique ni bienveillante : elle est force d’expansion insatiable tout comme la Vastemort représente la stagnation qui fige les étoiles.
La Création ne peut se satisfaire que l’une prédomine sur l’autre. Alors elle réagit – violemment. Et l’univers s’effondre avant de renaître.
Dessin de Patrik Rosander.
http://www.patrikrosander.se/