
Unvâtra méditait, au sein de l’ashram sacré qu’abritait la Forêt des Trois Cœurs. Autour de lui régnait la cacophonie d’un tel lieu – le pépiement des oiseaux, le craquement des branches, le son des feuilles agitées par le vent, le tintinnabulement d’un ruisseau… Autant de défis posés aux étudiants venus ici pour apprendre l’abstraction de soi – des défis qui ne posaient plus aucun souci à Unvâtra depuis longtemps.
Le jeune homme plongeait toujours plus profond au sein de sa conscience, à la recherche de l’Immanente Vérité. Car hors de la forêt, les forces de l’Illusion se rassemblait. Le terrible dieu-démon Maya semait déjà la discorde parmi les Rajan et poussait les royaumes à la guerre – un conflit dont il serait seul à profiter.
Seul Unvâtra était en mesure de s’opposer à lui car il était le quarante-huitième Bouddha. Du moins, il était censé l’être. Le jeune moine n’avait pas encore atteint l’Eveil et bien que son âme soit déjà la plus élevée parmi tous les mortels, il n’était toujours par parvenu à briser le mur de l’Illusion – la condition essentielle pour vaincre Maya.
La peur de ne pas être à la hauteur, de ne pas parvenir à son but, était la chaîne qui entravait Unvâtra dans sa quête de la Sagesse suprême. Il le savait bien et concentrait tous ses efforts à s’en défaire. Il se sentait presque prêt, dorénavant.
La légère brume qui montait du sol se mit à serpenter autour de lui, à l’envelopper. Peu à peu, les bruits de la Forêt des Trois Cœurs s’atténuèrent. Une brise fraîche se leva. La respiration d’Unvâtra s’accordait progressivement au souffle du monde. Le moine contempla une dernière fois le paysage, avec un sourire serein.
Puis Unvâtra ferma les yeux. Et le Bouddha les ouvrit.
Dessin de Ivan 小红花.
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