
Il pleuvait sur la forêt depuis des jours, sans que jamais le flot ne se tarisse. L’eau recouvrait à présent les sentes et noyait les clairières. Les animaux avaient tous fui et seuls les oiseaux pouvaient encore se réfugier dans les frondaisons des arbres.
Petit Renard dérivait, emporté par le courant. Ses griffes minuscules étaient plantées dans le tronc sur lequel il avait eu le temps de se jucher avant qu’une puissante vague ne le sépare de ses parents. Son frêle esquif passa devant un tronc creux, d’où l’observait Petit Lapin.
– Aide-moi, demanda le renardeau d’une voix étranglée d’angoisse.
Petit Lapin hésita un instant. Après tout, les renards mangent les lapins – c’est bien connu. Mais le pauvre rouquin tout détrempé avait si piètre allure que le lagomorphe lui tendit l’une de ses longues oreilles. Petit Renard s’y agrippa et put ainsi bondir dans le trou de l’arbre. Il y faisait chaud et noir.
– Qu’est-ce qu’on va faire… se lamenta le canidé.
– Suis-moi ! dit Petit Lapin. Il y a un chemin qui descend à travers le sol.
Les deux animaux, chacun enhardi par la présence de l’autre, se risquèrent donc à emprunter une route obscure vers les profondeurs de la forêt. Essayant de ne pas se perdre, ils marchèrent longtemps sans croiser âme qui vive.
Et puis, sans crier gare, une intense lumière de jade les éblouit. Ils débouchèrent dans une vaste caverne au sol couvert d’une mousse délicate. Dans l’air, d’innombrables lucioles dansaient et jetaient leur lumière tout autour d’eux. Fruits et plantes abondaient en ce refuge. Petit Lapin et Petit Renard poussèrent une exclamation de joie avant de se mettre à courir comme des fous dans ce joli coin de paradis.
Ils ne remarquèrent pas les yeux rouges qui les contemplaient avec une avide gourmandise…
Dessin de Tuomas Korpi.
http://tuomaskorpi.com/wp/slider/featured/