
Charles de Guénard se sent fatigué. C’est un vieux chevalier, un peu trop amateur de bonne chère. Il s’en est rendu compte ce matin même, quand son écuyer l’a aidé à enfiler sa fidèle armure – retouchée à la panse par le forgeron local…
Mais les vouivres sont de retour. Elles finissent toujours par revenir. Même après avoir été anéanties jusqu’à la dernière, elles réapparaissent. Personne ne comprend pourquoi – ni les prêtres qui se réfugient dans leurs églises pour prier inutilement, ni les alchimistes qui pourtant prétendent comprendre les secrets du monde. La vérité est là : les vouivres représentent le fléau de l’humanité – immondes serpents ailés, engeance de l’Ennemi qui jadis chassa Adam et Ève de l’Eden. Et les seuls à se dresser contre elles sont les fiers chevaliers de la Sainte Alliance Impériale, créée par Charlemagne lui-même pour protéger ses sujets. Son glorieux Empire n’a perduré que grâce à cet ordre – regroupant les plus vaillants guerriers d’Europe, ceux que le peuple surnomme les Serpentaires.
Charles de Guénard est le plus vieux Serpentaires encore en vie. Il a déjà connu trois vagues d’assaut des vouivres – et le voilà qui s’apprête à faire face à la quatrième, à l’âge de 67 ans. Il s’en sent le devoir. Sans doute ne servira-t-il pas à grand-chose sur le champ de bataille, mais sa présence galvanisera les plus jeunes chevaliers aux yeux de qui Charles représente un symbole – voire une légende.
Allons ! Il est temps. Le doyen des Serpentaires dégaine sa fidèle Sangdieu – une épée finement forgée qui l’accompagne depuis un demi-siècle. Il la lève vers le ciel et une clameur s’élève, le cri d’espoir de toute une génération de guerriers impériaux. Une nouvelle bataille commence.
Dessin de Sungryun Park.
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