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Les Mondes de Romain d'Huissier

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Enora

La pestilence s’était abattu sur la Calédonie. Le roi lui aussi souffrait de ce mal – alité et prisonnier de cauchemars sans fin. Les plus grands du royaume se lamentaient et voyaient dans cette épidémie un châtiment divin – la punition du Christ pour ne pas avoir chassé des campagnes les dernières superstitions auxquelles le peuple se raccrochait encore.

Enora méprisait ces lâches, toute cette cour de sycophantes si prompts à chercher ailleurs la cause de malheurs dont ils étaient les seuls responsables. Ils avaient conseillé au roi d’augmenter les impôts et les modestes sujets de Calédonie n’avaient plus eu de quoi se nourrir décemment ou se procurer les herbes qui soignent. La princesse aux cheveux flamboyants – dont ses servantes disaient que Lug en personne lui avait offert cette tignasse – ne comptait pas attendre les bras croisés que son peuple succombe à la maladie.

Et puisque les courtisans estimaient que les Anciens se trouvaient à l’origine de ce mal, Enora partit à la recherche de leurs royaumes cachés. Elle chevaucha des jours durant – parcourant les paysages déserts des highlands, longeant les côtes de lochs aux eaux profondes et s’aventurant dans des forêts aux hommes interdites. Et enfin, elle parvint au but.
Enora se tenait au centre d’un antique tertre, érigé bien avant que l’humanité ne se risque si loin au Nord du monde. Tout autour d’elle flottaient les Neuf Cités féeriques, chacune habitée par l’une des races d’avant l’histoire. Ici les Thuata dé Danann, là les Sidhes, ici les Fir Bolg, là les Fomoires… Retirées de la marche du destin, ces peuplades vivaient à présent hors de la réalité – dans une dimension à la frontière du rêve.

Mais ces êtres aimaient toujours profondément les humains. Sitôt après qu’Enora leur ait adressé sa supplique, un concert de voix – cris, murmures, braillements, chuchotements… – s’éleva tout autour d’elle. Des voix éraillées ou douces, parlant des langues incompréhensibles en une cacophonie presque mélodieuse. Et Enora les comprit.

Elle empoigna son arc, sauta sur le dos de son cheval et se lança dans une quête digne des plus grandes sagas. Il lui fallait retrouver le Chaudron de Dagda et la sorcière blanche. Cette dernière connaissait la recette de l’antidote à la peste et le Chaudron disposait de la puissance nécessaire pour le concocter. La jeune femme sourit alors que le vent faisait danser les flammes de sa chevelure. Elle sauverait son peuple grâce à la sagesse des Anciens – comme un défi lancé à la face du dieu de souffrance jadis imposé par les Romains.

Le cœur de la Calédonie battait au diapason de celui d’Enora.

Dessin de Dang My Linh.
https://www.artstation.com/artist/dangmylinhart

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