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Les Mondes de Romain d'Huissier

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L’Ermite

L’Ermite ne sort du bois que l’hiver, accompagné de son gros chien noir. S’appuyant sur un bâton noueux, il parcourt alors les routes et chemins qui relient les villages du Nurvesk entre eux – humant dans l’air le parfum de la douleur et de la mort. Quand un certain fumet parvient à ses narines, il s’arrête et en analyse les subtiles nuances. Puis il se dirige vers son origine afin de moissonner la vie qui est en train de s’éteindre.

L’Ermite n’est pas mauvais. C’est au contraire un dieu de bonté, qui abrège les souffrances de ceux dont le souffle arrive à son terme. Quand il se penche sur un mourant, il lui murmure des paroles d’apaisement – et son chien se pelotonne contre lui afin que sa chaleur l’accompagne vers la Grande Halle. Cette compassion enveloppe les âmes et assure qu’elles ne reviennent pas sous la forme de Grâkruls – ces spectres de haine et de peur.

Ce soir, l’Ermite est triste. Une peste sévit dans la région et les enfants n’y résistent pas. Dans une vieille maison au large toit de paille, le dieu s’agenouille à côté d’une fillette qui n’a pas plus de six ans. La fièvre est sur le point de l’emporter. Le chien gémit et lui lèche la main. Elle ouvre ses yeux bleus de fjord et contemple le visage sévère de la divinité. Elle lui sourit et – sans comprendre pourquoi – l’Ermite sent une larme couler sur sa joue. Il passe ses doigts calleux sur le front de l’enfant, elle ferme les yeux à tout jamais.

Le chien jappe et son maître lui flatte le haut du crâne. Puis il se remet en route, sans prendre la peine d’essuyer sa larme.

Dessin de Pierrick Martinez.
http://www.pierrick-martinez.com/ 

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