
Loup furieux était en chasse. Dans cette forêt qu’il connaissait si bien – et qu’il arpentait si souvent à l’époque où il se nommait encore Loup sagace -, il traquait le plus dangereux de tous les gibiers : un groupe d’Yeux dorés.
Cela faisait près de dix ans que ces êtres avaient débarqué le long des côtes de la Terre du Peuple, venus du lointain Est sur leurs nefs blanches. Grands et fins, aussi pâles que la lune mais le regard aussi brillant que le soleil, ils avaient clamé leurs droits sur le pays que Loup furieux et les siens occupaient depuis plus de générations que d’étoiles dans le ciel. Ils prétendaient que les vastes plaines et les denses forêts du Peuple leur appartenaient, selon une promesse de leur dieu. Ils disaient pouvoir trouver l’immortalité ici.
Les chefs des tribus s’étaient portés à leur rencontre afin de lier connaissance. Si ces êtres étaient en exil, les accueillir serait un geste noble approuvé par les esprits. Mais les Yeux dorés avaient massacré les guides du Peuple avec leurs armes étincelantes. Ces envahisseurs crachaient sur les « Peaux vertes » – comme ils nommaient les semblables de Loup furieux. Et une guerre avait alors débuté…
Les Yeux dorés avançaient inexorablement, brandissant la bannière de leur divinité – un œil de feu au milieu d’un anneau ornementé. Mais le Peuple se battait pied à pied – faisant chèrement payer chaque pouce de terrain conquis. Hélas, cela ne suffisait pas. Les envahisseurs disposaient d’armes supérieures et manipulaient une magie terrifiante – même les grands esprits totems en craignaient les rituels.
Loup féroce comprenait que tout était perdu. Que le Peuple était voué à l’extinction et ses territoires à la colonisation. Mais la rage qui le consumait et faisait de lui un wendigo – un démon affamé – le poussait à tuer toujours plus d’Yeux dorés. Ceux sur les traces desquels il marchait actuellement ne seraient certainement pas ses dernières victimes…
Dessin de Guillaume Menuel.
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